Andouille de Guémené : fabrication, dégustation, recettes

L’andouille de Guémené est une charcuterie fumée du Morbihan, faite de chaudins de porc enfilés les uns sur les autres : à la coupe, chaque tranche montre des anneaux concentriques. Fumée au bois de hêtre, séchée puis cuite longuement, elle se déguste froide en tranches fines ou chaude, avec purée, galette de sarrasin et cidre.
Guémené-sur-Scorff, un nom plus qu’une appellation
Guémené-sur-Scorff est une petite commune de l’ouest du Morbihan, au cœur du pays Pourlet. Sa spécialité vient d’une économie paysanne où le cochon de la ferme se transformait jusqu’au dernier boyau. Attention au doublon : Guémené-Penfao, en Loire-Atlantique, n’a aucun lien avec cette andouille.
Le nom ne bénéficie pourtant d’aucune protection officielle. Le 27 octobre 2026, l’outil « Rechercher un produit » de l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO) ne recense aucune andouille sous appellation d’origine protégée, indication géographique protégée, Label Rouge ou spécialité traditionnelle garantie. Seule l’andouillette, un produit distinct, y figure sous Label Rouge.
Faute d’indication géographique, l’expression désigne une manière de faire plus qu’un territoire contrôlé. Le ministère de l’Agriculture a d’ailleurs consacré en février 2020 un article à un atelier d’Ille-et-Vilaine qui en fabrique. À Guémené-sur-Scorff même, une confrérie gourmande défend le savoir-faire et la commune célèbre sa spécialité lors d’une fête populaire.
Pour l’amateur, une andouille de Guémené fidèle à la tradition se reconnaît donc à sa tranche plus qu’à son emballage : des anneaux concentriques nets, fermés, serrés du cœur jusqu’à la peau.
Du boyau à l’anneau : fabriquer une andouille de Guémené
Côté viande, un seul ingrédient : le chaudin, c’est-à-dire le gros intestin du porc. Ni estomac, ni viande hachée, ni farce. Toute la singularité du produit tient dans la façon de monter ces boyaux, puis dans le temps qu’il leur faut pour mûrir.
Les gestes qui font l’andouille :
- le nettoyage, long et manuel, chaudin par chaudin, lavé, gratté puis dégraissé
- l’enfilage : un premier chaudin sert de cœur, les suivants s’enfilent par-dessus, couche après couche, et une enveloppe plus large referme le tout
- le salage, qui raffermit les boyaux, les assaisonne et amorce leur conservation
- le fumage, plusieurs semaines durant, la pièce suspendue dans la fumée du bois de hêtre qui noircit la peau et parfume chaque couche
- le séchage à l’air, au cours duquel l’andouille perd une bonne part de son eau
- la cuisson, longue et douce, dans une eau qui frémit sans jamais bouillir
Les anneaux naissent de l’enfilage. À la coupe, chaque chaudin dessine un cercle fermé, où alternent une chair gris rosé et des zones plus claires. Plus les couches sont régulières, plus le dessin est net.
Cette lenteur fait la valeur du produit : gestes manuels, matière qui réduit au fumoir, semaines d’immobilisation. Une andouille fumée de cette façon ne se fabrique pas à la chaîne.

Le fumage reste la phase la plus surveillée. Dans un communiqué du 15 octobre 2026, le ministère de l’Agriculture affirme que l’andouille de Guémené n’est pas menacée. Les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), substances qui se déposent sur les denrées pendant le fumage, sont soumis à des teneurs maximales fixées à l’échelle européenne pour tous les produits fumés. Il ne s’agit ni d’une règle propre à l’andouille ni d’une exigence française en plus. Selon le même texte, un seul fabricant est concerné par un dépassement, les autres artisans respectant ces seuils sans renoncer à leur procédé traditionnel.
Guémené ou Vire : deux andouilles fumées, deux coupes
Les deux spécialités sont fumées, noires à l’extérieur, et se servent volontiers froides, en tranches. Leur montage, en revanche, n’a rien de commun.
L’andouille de Vire, spécialité du bocage normand, dans le Calvados, réunit des lanières de boyaux et d’estomac de porc tassées dans une enveloppe. Sa tranche montre une mosaïque irrégulière, marbrée, sans motif. Celle de Guémené ne contient que des chaudins enfilés, d’où ses cercles.
Ce qui les distingue sur la planche :
- la matière : chaudins seuls d’un côté, mélange de boyaux et d’estomac de l’autre
- le montage : couches enfilées autour d’un cœur contre lanières tassées
- la coupe : cernes réguliers contre dessin marbré
- la mâche : tranche souple qui se détache en anneaux, texture plus irrégulière pour Vire
- le terroir : centre de la Bretagne d’un côté, bocage normand de l’autre
En cuisine, les deux se traitent de la même façon.
Froide en tranches fines ou chaude à la poêle
Froide, l’andouille se tranche finement, au couteau bien affûté. Retirez d’abord la peau noircie : ferme et très marquée par la fumée, elle se décolle sans peine après une incision sur la longueur. Sortez la pièce du réfrigérateur un moment avant de la présenter à vos invités, car trop froide, elle retient une partie de ses arômes. Quelques tranches sur un pain de campagne beurré de demi-sel composent un apéritif sans façon.
Chaude, elle se coupe plus épaisse, en rondelles d’un bon centimètre, saisies quelques minutes par face dans une noix de beurre. L’andouille chaude se sert aussi entière, réchauffée doucement dans une eau frémissante, puis tranchée à table.
Les garnitures qui lui répondent :
- une galette de blé noir tiède, pliée autour de quelques tranches
- une purée de pommes de terre au beurre demi-sel
- des pommes acidulées poêlées, dont la vivacité répond au fumé
- une fondue de poireaux ou un chou vert braisé
- un cidre brut bien frais, ou un lait ribot pour une table sans alcool
Pour la galette, reprenez la pâte de blé noir et son repos au froid : une galette souple se plie autour des tranches sans casser.

Trois recettes familiales autour de l’andouille
Galette roulée à l’andouille, pomme et oignon fondu
Pour quatre personnes, prévoyez quatre galettes de blé noir, une douzaine de tranches fines sans peau, deux pommes et deux oignons. Faites fondre les oignons émincés dans du beurre demi-sel, à feu doux, puis ajoutez les pommes en quartiers fins jusqu’à ce qu’elles dorent. Réchauffez chaque galette à sec, garnissez d’andouille et de compotée, roulez serré. Mangée à la main, elle reprend le geste de la galette-saucisse des marchés de Haute-Bretagne, avec le goût fumé en plus.
Andouille poêlée, écrasé de pommes de terre et sauce au cidre
Écrasez à la fourchette des pommes de terre cuites à l’eau avec du beurre demi-sel et un filet de lait chaud. Saisissez des rondelles épaisses d’andouille, réservez-les au chaud, puis déglacez la poêle avec un verre de cidre brut. Laissez réduire de moitié, ajoutez une cuillerée de crème et nappez. L’acidité du cidre équilibre le gras de cette andouille bretonne.
Tarte fine aux poireaux et à l’andouille
Ce qu’il vous faut pour un moule de six parts :
- une pâte brisée
- trois poireaux émincés, fondus au beurre
- deux œufs battus avec vingt centilitres de crème
- une dizaine de rondelles d’andouille sans peau
- du poivre et très peu de sel, l’andouille en apporte déjà
Étalez les poireaux sur la pâte, couvrez du mélange d’œufs et de crème, disposez les rondelles en rosace. Enfournez à 180 °C une trentaine de minutes, jusqu’à ce que la garniture soit prise et la pâte dorée. Servez tiède, avec une salade de mâche.

Achat, andouille crue et conservation au froid
L’andouille se trouve sur les marchés bretons, chez les charcutiers et au rayon traiteur, entière, en demi-pièce ou en tranches. Les producteurs bretons qui vendent en circuit court rapprochent aussi votre panier des fabrications artisanales.
L’andouille crue a été fumée et séchée, mais pas cuite. Si vous en rapportez une, faites-la tremper une nuit dans l’eau froide pour la dessaler, puis cuisez-la à petits frémissements, plusieurs heures, jusqu’à ce qu’une aiguille la traverse sans résistance. Laissez-la refroidir dans son eau avant de la trancher.
Une fois cuite, elle rejoint la partie la plus froide du réfrigérateur, entre 0 et 4 °C : dans sa fiche « Des conseils pour bien ranger votre frigo », le ministère de l’Agriculture y place les charcuteries cuites et les produits entamés. Filmez la face coupée d’une andouille entamée, gardez-la à l’écart des aliments crus et respectez la date limite de consommation, la mention « À consommer jusqu’au », que le même ministère présente comme impérative. Pour congeler des tranches, sa page sur les bonnes pratiques de la congélation conseille de le faire par anticipation plutôt qu’en fin de date limite, de décongeler au réfrigérateur et de ne jamais recongeler un produit décongelé.
Andouille de Guémené : vos questions
L’andouille de Guémené a-t-elle une AOP ou une IGP ?
Non. Le 27 octobre 2026, l’outil de recherche de l’Institut national de l’origine et de la qualité ne recensait aucune andouille sous appellation d’origine protégée, indication géographique protégée, Label Rouge ou spécialité traditionnelle garantie. Le nom renvoie à une recette et à un savoir-faire du Morbihan, pas à une zone de production délimitée. Pour juger une pièce, fiez-vous plutôt à la régularité de ses anneaux.
Pourquoi l’andouille de Guémené est-elle noire à l’extérieur ?
La couleur vient du fumage. Suspendue plusieurs semaines dans la fumée du bois de hêtre, l’andouille se couvre d’une peau brun très foncé, presque noire, tandis que l’intérieur garde ses teintes gris rosé et beige. Ce contraste fait partie de son identité. La peau, plus ferme et très marquée par la fumée, se retire en général avant de trancher la pièce pour le service.
Combien de temps se garde une andouille entamée ?
Quelques jours, sans jamais dépasser la date limite de consommation indiquée par la mention « À consommer jusqu’au ». Rangez-la dans la zone la plus froide du réfrigérateur, entre 0 et 4 °C, la face coupée protégée par un film alimentaire et à l’écart des produits crus. À la coupe, demandez plutôt la quantité utile au repas prévu qu’une grosse pièce qui traînera au frais.